Saviez-vous qu’un Français sur cinq estime que son logement est inadapté à ses besoins ? Ce constat issu d’une étude de L’ObSoCo réalisée en 2023, montre que les bâtiments, s’ils sont conçus pour les humains, tiennent rarement compte de leurs besoins.
Aujourd’hui, le secteur du bâtiment doit tenir compte de nouveaux enjeux : l’adaptation du parc immobilier existant aux nouvelles contraintes climatiques, le contexte d’inflation, les mutations de société et les attentes pour des matériaux et espaces plus responsables… Ces défis et transformations redéfinissent les modes constructifs.
Cet article explore comment la perspective des besoins des usagers et modes de vie peuvent être une source d’innovation pour façonner et adapter l’habitat de demain
Les experts du GIEC prévoient une augmentation de la température moyenne de 1,5°C à horizon 2030, quelque soit les efforts mis en œuvre pour réduire les émissions de CO2.
Il est donc urgent d’adopter des stratégies pour réduire l’impact des modes constructifs, mais également d’adapter l’habitat à ces nouvelles conditions climatiques en mettant en œuvre les solutions pour une meilleure résistance aux intempéries, aux îlots de chaleur, aux canicules, et pour une gestion plus efficiente des ressources en énergie et en eau.
La rénovation énergétique du parc immobilier en France est l’un des principaux leviers pour améliorer le confort thermique des logements et plus largement adapter les bâtiments.
D’après l’ObSoCo, 32% des Français sont insatisfaits de la qualité de leur logement, et pointent l’isolation thermique pour 22% comme lacune majeure.
Pour remédier à cet enjeu, de nombreux dispositifs d’aides publiques et de subventions permettent de financer les travaux de rénovation d’amélioration de la performance énergétique de son logement. Pour autant l’adaptation aux phénomènes de fortes chaleurs reste encore un enjeu, avec 23% des aides attribuées qui concernent des travaux d’isolation contre seulement 4% pour des travaux de ventilation qui, combiné à une meilleure isolation, permettent pourtant d’améliorer l’inertie des bâtiments et donc le confort d’été.
Pour mieux s’adapter, le secteur de la construction neuve réinvente ses méthodes et modes constructifs en privilégiant par exemple des matériaux biosourcés ou issus de l’économie circulaire, c’est-à-dire, recyclés, réemployés ou conçus pour durer.
Le cabinet d’architecture Déchelette par exemple, s’est appuyé sur un savoir-faire artisanal pour innover et construire le plus haut immeuble en blocs de terre crue.
Les terres utilisées pour faire les blocs proviennent de chantiers excavés, source importante de déchets du bâtiment, elles sont recyclées et préparées hors site et assemblées sur le chantier rapidement.
Avec une réduction de 30 à 50% des émissions de CO2 pour sa phase de construction, ce logement social innovant, porté par le bailleur Seine Ouest Habitat et Patrimoine et soutenu par la ville de Boulogne-Billancourt, a remporté la distinction “Bas Carbone” des Trophées de l’Innovation en 2024.
L’immeuble est aussi vertueux dans son usage puisque les blocs, avec leurs propriétés de régulation de l’humidité et d’inertie thermique, permettent de réduire les besoins énergétiques du bâtiment mais aussi d’améliorer le confort et la qualité de l’air pour les occupants.
La construction hors site est une évolution majeure du secteur et présente de nombreux avantages pour non seulement réduire l’impact environnemental des chantiers mais aussi diviser par deux le temps de construction.Ce mode constructif applique des méthodes industrielles avec une phase de préfabrication des modules standardisés en usine qui sont ensuite assemblés et montés sur le chantier, permettant de réduire ainsi les coûts liés au transport, les nuisances acoustiques des chantiers, et de gagner en productivité.Si la standardisation peut sembler opposée à une approche sur-mesure et attentive aux besoins, la construction hors site, combinée à des solutions modulaires personnalisables, peut répondre aux attentes des utilisateurs tout en rationnalisant le processus de construction.Ainsi, ce mode constructif répond à des besoins de construction très variés, allant des projets ambitieux comme le plus haut immeuble modulaire au monde construit pour le groupe hôtelier Marriott, jusqu'aux hébergements d'urgence nécessitant un montage et démontage rapides.
Face aux projections démographiques qui annoncent un vieillissement de la population d’ici 2050, l’essor du travail à distance ou les nouvelles configurations des foyers, des expérimentations de solutions innovantes voient le jour pour répondre à ces évolutions.
Anticiper l’évolution des usages des bâtiments et des logements permet de minimiser les coûts futurs liés à leur transformation. Cela inclut la conception d’espaces facilement adaptables, pour convertir des bureaux en logements ou reconfigurer un espace au sein de son logement. Ces adaptations permettent aux logements d’évoluer en fonction des besoins changeants des occupants. L’habitat évolutif figure parmi les quatre grandes tendances du logement de demain d’après la chaire REALITES-Audencia.
Lancé en 2017 par le bailleur Neotoa, l’expérimentation de la pièce à la demande, un espace entre deux appartements partagés entre voisins sur réservation, permet de mêler innovation sociale et innovation technique.
Le système domotique développé par la chaire Habitat Intelligent et Innovation de la Fondation Rennes- I, permet de réserver et privatiser la pièce sur demande, dont le loyer est calculé au prorata de chaque utilisation.
La pièce sur demande permet d’augmenter ponctuellement la surface de son logement, selon ses besoins, et répondre aux nouvelles configurations des ménages, notamment le cas des gardes alternées ou d’accueil de proches.
La conception des bâtiments peut également être un levier pour façonner les usages de ses occupants et favoriser l’adoption d’éco-gestes ou encore le lien social.
L’apport des sciences comportementales, et notamment la théorie du nudge (coup de pouce en anglais) inspire les promoteurs comme OGIC, qui a réalisé NEW G, le premier immeuble nudge. L'idée : concevoir un habitat de façon à encourager certaines initiatives sans contraindre les individus. Le bâtiment comprend de nombreux espaces communs et partagés (salle de sport, terrasse, cuisine extérieure…), pour certains réservables à la demande, délimités par des signalétiques selon les usages. Les logements sont également équipés pour que ces usagers adoptent les bons gestes en matière de tri des déchets et d’économie d’énergie.
Face aux changements environnementaux et sociaux, l’habitat devient un espace vivant, conçu pour évoluer avec ses occupants et besoins. Innover pour construire un habitat adapté aux défis de demain, nécessite de placer la durabilité et l’humain au coeur des solutions développées.
Pour aller plus loin